« Ces lignes qui tracent mon corps » de Mansoureh Kamari
En Iran, selon la loi islamique, le père de famille est propriétaire du sang de ses enfants, il ne peut donc être poursuivi pénalement s’il s’en prend à sa progéniture. De là découle en partie la construction de la société iranienne où l’homme a les pleins pouvoirs, notamment sur les femmes, en toute impunité. Mansoureh Kamari se souvient ici de son enfance et de son adolescence sous ce joug masculin. Elle expose des faits : les interdictions multiples (rire, chanter, danser, aimer), la possibilité d’être mariée à 9 ans, exécutée à 15, après avoir été violée… Elle raconte les agressions sexuelles répétées, dans la rue, le taxi, chez le médecin, à la fac… Et la peur constante, l’impuissance, l’incapacité à maîtriser son destin.
Sous le glissement d’un trait animé par la passion du corps et du mouvement, Mansoureh Kamari, dessinatrice d’origine iranienne, nous livre un récit intime qui trace les lignes de son corps et de son histoire, celle d’une enfant, d’une adolescente et d’une femme dans un pays liberticide et féminicide.
Ces lignes qui tracent mon corps est un roman graphique aussi beau que terrifiant. À travers son témoignage, l’autrice révèle une enfance vécue dans la peur et la culpabilisation d’une doctrine écrasante. Le graphisme est exceptionnel, les visages travaillés, avec des expressions qui portent bien tous les sentiments ressentis par l’héroïne.
Ce récit m’a émue par la puissance de son témoignage, et par son remarquable dessin qui capte avec justesse chaque émotion.
Un grand coup de cœur à partager autour de soi !
Un coup de coeur de Sylvie
Casterman, 2025
Espace Adulte-Ado – Pôle Arts Son Image – Cote : KAM